GÂCHIS REYNOLDS

Suppression des 256 postes de production sur le site de l'usine Reynolds de Valence qui fabriquait les stylos REYNOLDS (filiale du groupe Newell Rubbermaid). Ce blog tient une chronique, depuis Septembre 2005, des évolutions constatées dans la société, de la fermeture de l'usine et de l'après.

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03 septembre, 2006

Pas facile !

Je reviens sur une partie de la note du 31 août pour développer un aspect que le marchand de sable – il arrive brusquement ces temps-ci, m'assommant jusqu'à ce que plusieurs sonneries me tirent du coma - m'a empêché d'écrire. Je cite le passage.


Ce projet n'est pas une proposition facile à faire pour la direction parce que nous réalisons que cela aura un impact sur la vie de beaucoup d'employés engagés et consciencieux à Valence. Plusieurs solutions différentes ont été étudiées et envisagées avant que la direction se voie obligée, par les conditions du marché, de proposer ce projet. La réalité à cause de laquelle nous avons proposé ce projet ne reflète en rien la qualité du travail fait par l'équipe de Valence ou l'exceptionnel dévouement qu'il ont montré pour être à jour pour l'usine et pour la Marque. Ce projet est simplement la constatation d'une réalité désolante, que quelque chose de radical doit être fait pour sauver la marque et le marché Français.


La proposition n'est donc pas facile à faire, et elle est issue de réflexions, d'études qui conduisent à des obligations radicales. Petite digression d'abord. Lorsque j'étais plus petit, j'ai lu et relu, bien plus que de raison, Jules Verne. Certains personnages (le capitaine Nemo, Robur le conquérant) y sont particulièrement fascinants. Ce sont en effet des êtres qui oeuvrent contre ou en dehors d'une société qu'ils méprisent grâce à une connaissance très étendue de la science de leur temps. Ils ont donc longtemps participé de l'idée que je me faisait du scientifique ou de l'ingénieur (ils l'ont en partie structurée en fait !). Ils maîtrisaient plusieurs domaines de connaissance et savaient se servir des structures des unes pour innover dans d'autres. Ils se servaient ensuite de cela pour bâtir une vie alternative fonctionnelle. Pour diverses raisons, mes études furent si brèves qu'elles en méritent à peine le nom. Mais j'ai toujours gardé un intérêt pour les sciences, et plus généralement pour la compréhension du monde. Lorsque j'ai commencé à travailler, et bien des années après, j'avais toujours cette conception du dépositaire de la science dans l'entreprise, qui se trouve le plus souvent être un ingénieur. Le respect du titre et l'admiration (oui !) que je pouvais avoir, alors que je croyait encore en une réalité proche de mes conceptions, n'ont malheureusement que rarement résisté aux faits. J'en fut le premier déçu, car cela m'obligeait à revoir ma copie, et c'est fatigant !

Il se trouve que si les formations, en France, sont d'un excellent niveau, elles permettent surtout l'accès à un statut. Très vite, la plupart des ingénieurs se retrouvent à des postes de management où le bagage scientifique et technique qu'ils ont longuement acquis est inutilisable autrement que comme une « simple » culture scientifique. Leurs tâches quotidiennes, le plus souvent d'ordre administratif, pour lesquelles ils n'ont été que peu formés, ne correspondent pas à la forme des problèmes qu'ils ont appris à résoudre. Qui plus est, ces tâches n'ont rien de l'aventure que peut constituer la création et la découverte qui ont pu les orienter vers ces études. Forcement, moins sollicités, l'esprit et l'imagination se rouillent un peu, parce que finalement, dans le meilleur des cas, ces managers s'embêtent un peu. Par ailleurs, l'entreprise classique n'offre pas les conditions idéales pour la naissance d'idées ou de solutions novatrices. Le temps y est trop compressé et la sérénité y est absente. Les idées viennent ailleurs, souvent à des moments et des endroits inattendus. Par contre l'entreprise, pour peu que les moyens soient présents, sait développer et réaliser. Cette digression pour dire qu'innover est assez difficile, structurellement, dans l'entreprise, en partie parce qu'on ne fait pas forcement faire au personnel ce qu'il sait le mieux faire.

Je pense qu'on peut étendre ce raisonnement aux aspects plus stratégiques. Je sais qu'il existe des diplômes de gestions, mais existe-t-il des solutions novatrices dans ce domaine ? L'actualité, ici comme ailleurs ne le laisse pas supposer vu que des solutions standards semblent être appliquées partout. Le licenciement économique est une solution standard ( d'ailleurs entériné par les procédures standards que sont les livres IV et III). Or, dans notre cas, cette solution ne porte que sur une petite partie (le coût de la main d'oeuvre) du problème de rentabilité qu'a diagnostiqué la direction. Que penser d'une solution qui ne résout que très partiellement (partialement ?) un problème ? Elle n'est certainement pas satisfaisante, et la reflexion mérite donc d'être approfondie. D'autant plus que, la direction l'écris elle-même, la solution proposée conduit à se priver de ressources de valeurs. Malheureusement, les directions locales et parisiennes, je suis désolé de l'écrire, n'ont jamais fait la preuve (pour ce que j'ai pu en voir) de l'imagination, de la diversité d'esprit et de la volonté de proposer de l'inédit, du novateur, du meilleur. Mais peut-être que, structurellement, elles en sont incapables du fait du formatage de leurs élites (il ne s'agit pas ici de porter un jugement de valeur sur les individus, mais d'essayer de comprendre). La lecture strictement économique du problème a conditionné l'espace des solutions. De même qu'une jambe douloureuse n'appelle pas obligatoirement l'amputation (plus de jambe, plus de douleur !), une question économique n'appelle pas automatiquement une réponse dans ce champ. Je me rappelle une formation à laquelle j'ai participé où l'on disait qu'il fallait « sortir du cadre ». Bic l'a compris en tous cas, économisant les frais de diffusion exorbitants d'une pub sur une chaîne télé en sortant du format spot télévisuel pour se servir, avec leurs complicité enthousiaste, des internautes eux-même, gratuitement, se forgeant au passage une image jeune, moderne et décalée.

En réalité, ce qui n'est pas facile pour la direction, c'est de constater qu'elle est en situation d'échec. Que peut-être, ficelée par une promesse ou un engagement un peu trop rapide, elle se retrouve dans une situation où la solution proposée risque d'être pire que le mal et choisi la fuite en avant. Une solution à laquelle on est obligé de recourir ne peut être issue de la réflexion (qui suppose le choix, l'estimation de différentes options etc.). Une option obligatoire relève du réflexe, comme un insecte qui avance, se cogne et change de direction. En réalité, les différentes alternatives, pour ce qu'on en sait, différaient par degrés plus que par nature (on ampute à la cheville, au genou ou à la hanche, mais on ampute !) et cela est assez symptomatique de l'indigence des études menées.

Enfin, une direction qui se voit obligée comme elle le dit elle-même, ne dirige déjà plus.


Mark Twain disait que pour celui qui ne possède qu'un marteau, tous les problèmes ressemblent à un clou.



posté par DiogenePasCynique le 3.9.06. Lien vers ce billet


7 Commentaires:
Anonymous Ella a dit...

Diogène quelle vérité dans ton message ! je souhaite de tout coeur qu'il soit lu et relu par nos dirigeants. Même si je doute qu'il en comprenne la portée, le pouvoir rend sourd et aveugle...

2/9/06 8:00 PM  
Blogger brigetoun a dit...

j'adore la phrase de Mac Twain. Je vais me mettre à chercher les Reynolds pour en faire la critique. Je prends des trucs sans regarder la marque, ne cherchant que la pointe fine et le corps de l'objet lisse et pas trop gros. Mais chacun son goût. Bic est surtout tellement ancien que son nom est comme Frigidaire (qui a disparu je crois) devenu plus qu'une marque

2/9/06 8:32 PM  
Anonymous Oz a dit...

Petites questions, la situation dans la quelle se trouve notre usine doit avoir des antécédents. Tous n'ont pas dus se finir par des fermetures et des licenciements. Comment les usines qui ont échappé au naufrage s'y sont elles pris? Peut-être y a t'il dans ces "sauvetages" des solutions applicables à notre situation non?

3/9/06 2:17 AM  
Anonymous Ella a dit...

Exact, il y a le cas de Barnier, à deux doigts de la fermeture il y a quelques années et qui vit encore. A priori nos délégués travaillent sur les possibilités de trouver des solutions alternatives qui pourraient être viables pour Reynolds. Peut-être est-ce pour ça que la direction est si pressée ? Elle ne veut surtout pas entendre qu'elle n'a rien fait pour sauver le site, qu'elle n'a jamais rien envisager hormis la fermeture pure et simple, et que la décision arbitraire prise dans les bureaux dorés de Paris est vide de sens et de raisons.

3/9/06 9:29 AM  
Anonymous Oz a dit...

Et pour ce qui est des décisions capitales pour l'avenir de l'usine et décidées à Paris, n'y a t'il pas possibilité d'y participer par le truchement de la vidéo-conférence?
Après tout nous sommes équipés pour.

4/9/06 3:53 AM  
Anonymous Anonyme a dit...

Il n'y a pas que les américains qui ne connaissent pas les dates. Ton message parle de la note du 31 septembre or il me semble (mais comme tout change je peux me tromper) que le 31 du mois de septembre n'existe pas. mais les patrons sont capables de l'inventer pour nous faire travailler un jour de plus!!!!

4/9/06 9:50 AM  
Blogger DiogenePasCynique a dit...

OK pour ça, ! C'est rectifié mais ça m'apprendra !
@+

4/9/06 11:16 AM  

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